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| «
Toute sainteté est plus ou moins espagnole. |
| Si
Dieu était cyclope, l'Espagne lui servirait d'il. » |
| Cioran |
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| Madrid,
4 juillet. |
| Pension
Lorenzo, calle de las Infantas. |
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| « Dans
une exaltation fièvreuse, je venais de découvrir que
je n'étais pas seul à réagir comme je le faisais
devant cette guerre imbécile, avec sa croisade de démocraties
à la con et son révoltant bourrage de crâne.
Un autre que moi avait exprimé, dans un langage unique et
prodigieusement neuf, tout ce que je ressentais. J'avais dix-neuf
ans, je n'avais jamais entendu parler de Céline, ni au lycée
ni par mon père... » |
| (page
16) |
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| « ...
l'admirable sonorité de la langue de Cervantès, partout
répandue, et plus porteuse d'avenir que nulle autre, me semble-t-il
aujourd'hui, et ce sera bien fait pour l'odieuse arrogance anglaise
et l'ignoble accent américain dont l'atroce, nasillante et
agressive vulgarité m'horripile, même dans les discours
de l'emphatique démagogue Kennedy, ce sale Tartuffe con pourri
crapuleux, qui mérita bien sa mort imbécile, et que
Hollywood la gâteuse et le pilonnage incessant d'une presse
non moins asservie somment l'opinion abrutie, décervelée
et crétinisée, de vénérer la mémoire. » |
| (pages
17-18) |
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| « Je
m'insurge sans cesse contre la médiocrité, mais elle
guette chacun de nous, et il faut savoir s'en dépouiller
soi-même. » |
| (page
21) |
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| « S'il
m'arrive d'exploser, c'est pour me dégager d'un venin dont
je n'ai que faire, et passer outre. Ce qui importe vraiment dans
l'infinie grisaille de ce monde, c'est de ne pas s'ennuyer. » |
| (page
21) |
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| « Il
m'arrive de m'interrompre pour insérer, çà
et là, des feuilles volantes, des fragments non datés,
qui exigent toute la minutie, toute l'attention, toute l'exigence
du raccommodeur de dentelles qu'est ce bagnard : l'écrivain. » |
| (pages
33-34) |
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| « L'action
humaine, celle qui provoque le plus d'enthousiasme ou le plus d'horreur,
est-elle autre chose qu'un insignifiant déplacement de poussière
? » |
| (page
35) |
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| « On
peut très bien rêver, si l'on n'est pas fou, sans que
la raison faiblisse, et c'est même à ce prix, j'imagine,
que s'accomplit toute création artistique. |
| Qu'a
donc fait Céline, toute sa vie, sinon courir sans cesse après
un rêve, celui qui revient, en filigrane, dans ses "Ballets
sans personne, sans musique, sans rien"... » |
| (page
36) |
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| « Je
lui dis mon nom, qui ne pouvait lui parler de rien, et elle m'apprit
le sien : Margot de M., qui, bien que prononcé le plus simplement
du monde, me foudroya tout aussitôt de sa lyrique, altière
et romanesque splendeur. » |
| (page
38) |
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| « Et
si par miracle tu arrives à t'accrocher à un journal
quelconque, pour vivre, pas question d'écrire sincèrement
et librement quoi que ce soit. » |
| (page
41) |
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| «
Être dans le vent : une ambition de feuille morte. » |
| Gustave
Thibon |
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| «
Tout n'est que songe et illusion, c'est une affaire entendue, mais
renoncer aux chimères, c'est ne plus vivre, ou, plus exactement,
c'est "exister" sans vivre, et je ne puis m'y faire, pas
plus aujourd'hui qu'hier. » |
| (page
13) |
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| «
J'éprouve pourtant, devant le sectarisme et l'épaisse
suffisance rengorgée de la sainte gauche, de cette bande
qui traîne avec elle le troupeau bêlant d'innombrables
crétins si assurés d'être "dans le coup"
pour l'éternité, quelque chose qui ressemble pas mal,
à mon humble échelle, à l'exaspération
de Dostoïevski écrivant ses 'Possédés'.
» |
| (page
20) |
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| « Le
crétinisme pédant et débectant de plumitifs
sans vergogne, de vulgarisateurs approximatifs, et de philosophes
illisibles fait le lit des conversations ordinaires de révolutionnaires
en chambre dont le concentration urbaine porte ici le ridicule à
une sorte de vertige, évocateur d'un tourbillon de derviches
tourneurs filmés au ralenti et tombant en chiffes molles
tout en se croyant promis à l'universel âge d'or, celui,
bien entendu, de la démocratie et des droits de l'homme à
l'ombre tutélaire de Marx, Freud et Einstein, la nouvelle
trinité évangélique qu'il sied de révérer
et de mettre à toutes les sauces sous peine de passer pour
monstre inconcevable surgi des cavernes, vipère lubrique,
bête immonde à exterminer, etc. » |
| (page
92) |
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| « Je
survis, mais dans quel état ? Éclopé du cur,
l'âme effilochée, résidu. » |
| (page
316) |
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| «
Les genres autobiographique et romanesque sont proches l'un de l'autre.
Sauf que la vie a un cadre moins défini que le roman. Mais
dans les deux cas, l'écrivain doit choisir ce qu'il veut
dire parmi des montagnes possibles. » |
| Doris
Lessing |
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| « Il
sait bien, au fond, tout comme moi, qu'il y a plus de vérité,
même pour notre époque, dans Shakespeare, Balzac ou
Dostoïevski, que dans cent mille tonnes de rapports administratifs
à prétention scientifique. La vraie vie n'a que peu
à voir avec les sciences, seraient-elles proclamés
humaines. |
| Elle
est toujours ailleurs, quoi qu'on fasse. |
| Insaisissable,
sinon peut-être par le rêve. » |
| (pages
54-55) |
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| «
La religion du prêt-à-penser dans la platitude des
quotidiens, hebdos et éditoriaux interchangeables, toute
la machine à décerveler qui, sous couleur de répandre
l'égalité ("la même chose pour tout le
monde"), étouffe la liberté par la multiplication
de besoins inutiles, crétinise la terre entière, et
condamne tranquillement la planète à l'hébétude
de la plus morne soumission aux dieux du jour : pognon, cul et vulgarité.
Vaste entreprise de totalitarisme sournois riche de la plus formidable
armée de cuistres, larbins et collabos, et qui devient sans
qu'on y prenne garde un quatrième Reich en train de gagner
la planète entière. » |
| (page
61) |
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| « En
somme, je ne me porte à peu près bien que lorsque
je prends mon parti de ne rien faire pour m'intégrer à
quelque société que ce soit, lorsque j'accepte de
vivre à l'écart de tout (ou de ne pas vivre, comme
on voudra), pour me constituer un univers à ma mesure environné
de mes bouquins, la plume à la main, ou le pinceau quand
ça me chante. » |
| (page
156) |
|
| «
Dans ces conditions, la niaise béatitude de tant d'abrutis
et de lamentables dupes à se dire, se proclamer, s'afficher
"de gauche", m'exaspère au dernier point. Les cons
! Et je ne vois que ça partout en cette ville, tout le milieu
ciné-télévision en est infecté jusqu'au
dernier machiniste, tout comme l'ensemble de la presse, tandis que
les grands patrons, baissant leur froc à qui mieux mieux,
feignent les mêmes convictions et jouent le jeu, comme s'il
était entendu une fois pour toutes qu'il ne saurait y avoir
d'esprit, d'intelligence et de sensibilité qu'à gauche
et pas autrement, alors que le propre même du talent, à
plus forte raison du génie, est d'échapper par nature
à ces misérables définitions et de n'être
liés à aucun parti (fatalement réducteur, quels
que soient les buts proclamés, de personnalité et
de style). » |
| (page
158) |
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| «
Devant certaines surdités volontaires, il faut travailler
à l'explosif. » |
| Jean-François
Revel |
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| Extraits
tirés du Royaume des Algarves. |
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| Samedi
16 juin 1962. |
| Dapango,
Nord Togo. |
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| « J'ai
eu toutes les ambitions, j'ai rêvé de gloire, je saurai
toujours me satisfaire de n'être rien et de dire merde. Tout
ce qui a pu m'arriver, tout ce que j'ai pu rater jusqu'à
ce jour, je m'en fous. » |
| (page
232) |
|
| « Ne
plus rien attendre pour que tout arrive. » |
| (page
232) |
|
| Samedi
1er septembre. |
| Tananarive,
retour de Maintirano. |
|
| « Voilà
qui est encore exagéré et sans doute teinté
de stupidité, mais c'est vrai qu'elles sont rares, les compagnes
assez sûres pour ne pas fouiner dans vos papiers, fourrer
leur grain de sel dans ce que l'on a tant de mal à chercher,
et décourager par des commentaires non sollicités
les difficiles et fragiles efforts de l'éternel apprenti
qu'est l'artiste. » |
| (page
243) |
|
| Lundi
18 novembre. |
| Londres. |
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| « Le
seul échec, fondamental, est de ne pouvoir gagner sa vie en
se marrant (...). » |
| (page
407) |
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Plus
ne suis ce que j’ai été,
Et plus ne saurais jamais l’être.
Mon beau printemps et mon été
Ont fait le saut par la fenêtre. |
Clément
Marot |
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| Bayonne,
fin avril [1951] |
«
D’un certain point de vue, j’aurai raté ma jeunesse
sur toute la ligne, mais il ne me restera pas de regret. Simplement
des histoires à écrire, peut-être, plus tard,
quand je m’en foutrai suffisament. |
Je
préfère être misérable toute ma vie plutôt
que de me presser. » |
| (page
11) |
|
| Paris,
19 juillet |
«
J’étais plus qu’impressionné par la profession
de foi et l’exemple que m’offrait Cioran d’une
vie selon mon cœur. La bienheureuse petite pauvreté,
disait Nietzsche. Je l’aurai écouté pendant
des heures. » |
| (page
22) |
|
| N'gangoné,
canton de Kokaga, mercredi 4 juin [1952] |
«
Être en paix avec soi, c’est l’être avec
le monde et sentir vraiment le prix de la vie. » |
| (page
113) |
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| Bayonne,
dimanche 6 juin 1954 |
«
Un jour sans rire est un jour mort, et ça me manque plus
que je ne pensais, depuis ce retour. » |
| (p.
188) |
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